Le Galet

Cueille la joie

quand elle passe

car elle est fleur

et, comme elle,

éphémère.

 

Savoure le chagrin

dans ton cœur

la lourdeur du deuil

et, lorsqu’ils sont ton lot,

souffre.

 

Laisse passer sur toi

la tempête qui submerge

colère, peine, jalousie, révolte

découragement, absurdité

dépression.

 

Sois la roche, tour à tour

Recouverte ou découverte

par la lame

qui la heurte et la façonne.

Demeure.

 

Comme le galet lissé

au cours des siècles

à force d’être roulé, cogné,

râpé contre ses semblables

par la vague

abandonne toi.

 

Quand l’épreuve est trop forte

pour ta faiblesse

ne lutte pas, ne discute pas,

n’essaie pas de comprendre…

laisse toi rouler, heurter,

meurtrir

en te protégeant comme tu peux.

 

Et quand la tempête

te laisse exsangue sur le sable

nourris toi des petits riens ;

ce sont les riens

qui peuvent remplir ton vide.

 

Cueille les petites joies

le soleil qui réchauffe

ton corps et aussi ton âme

une main amie…

 

Vivre est ta tâche.

Accomplis-la.

C’est très simple

 

Francine Perrot

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From time to time

Il fut un temps, j’aimais en riant.
Il fut un temps, j’aimais pleurant, criant, dément..
Il fut un temps, j’aimais simplement, en enfant, sans douter, sans redouter.
Il fut un temps, adolescent, fou de désir, j’aimais, ivre, mon désir.
Il fut un temps, nous étions amants
et puis non, plus maintenant..époux, épouse, pleins de nos serments.
Il fut un temps, je regardais ton reflet dans les flaques de mes larmes absentes.
Il fut un temps, où mon cœur s’apaisait de contenir ton regard bienveillant.
Il fut un temps, où encore je détournais les yeux de tant d’objets, de sujets aux envies de mon cœur renaissant, vibrant.
Il fut un temps…ami, mon meilleur ennemi où dans mes bras je recevais finalement nos bénédictions meurtries.
Il fut un temps, où j’admirai ta beauté fragile, toi mon père, mourant.
Il fut un temps où toutes ces chansons remplacèrent les souvenirs de ma mémoire enfuie.
Il fut un temps où j’aimais pleurer en pensant à toi
et cette phrase prononcée, révélant ta tendresse et notre dignité.
Il fut un temps où nous partageâmes cette chambre improbable, amis, hors du temps.
Il fut un temps où j’hésitais pas peur de l’erreur, à encore me laisser aimer.
Il fut un temps,mon frère, un moment où je su te dire je t’aime.
Il fut un temps, un autre encore et tous ceux oubliés..
J’aimais, j’aime, nous aimerons,
Je t’aime..
Il fut un temps.

L’espoir

La page vide recèle plus de choses que celle sur laquelle je trace ces mots..

Le stylo levé, au dessus, prêt à fendre le papier,

à le couvrir d’intelligible.

A exiger de lui qu’il dise, qu’il soit entendu.

Douce violence, tendre aliénation, la poésie.

Celle qui parvient à embellir même le détesté.

A redonner des couleurs à ce cri qui en était dépourvu.

Cet insupportable qui peut alors se partager, dont le goût est revenu.

Cette exigence, la seule, de la vie à être vécue.

Et moi qui depuis longtemps en a été banni.

Cette fuite, cet exil créant l’espace, la faille.

Celle où se précipitent les nuages sombres, ténébreux bavardages,

qu’il faudra chasser qu’il faudra faire taire.

Afin de revenir enfin toucher terre, la laisser m’embrasser.

Comme un éclair.

Les multitudes de regards, le réconfort passager.

Un instant cette voix, qui vibre tendrement, la mienne, cherche à me rassurer.

En suspend, tous ces mouvements qui me parcourent et me perdent pour une seconde d’espace et de temps.

Et moi, moi qui de temps en temps laisse la lointaine émotion humecter mes yeux,

mes mains qui reçoivent et enveloppent ma tête fatiguée comme pour la caresser..

Tandis que mon corps tremble un peu des sanglots, qui suffisent alors à tout justifier.

A me rendre un peu, pour un temps, ma dignité.

Celle d’être enfant, celle d’être, malgré tout vivant.

Et non pas juste un jouet cassé sur lequel s’acharnent quelques fantômes en mal d’exister..

Pourtant revient l’espoir, c’est ce qui est étonnant.

La grâce inattendue, celle à laquelle je ne croyais plus..

Il faut qu’il y ait quelqu’un pour croire.

De renoncements en bouleversements, l’automne de mon âme aura duré longtemps.

Mon cœur en galet, roulé encore et encore jusqu’à devenir doux et lisse, frère du sel et des embruns.

Sensible à cette grande fraternité des vivants.

Ému par la bienveillance des grands arbres, touché souvent par la beauté qui se laisse entrevoir..

Et l’espoir, oui l’espoir, j’en parlais,

de vivre, juste vivre,

oh oui vivre.

Ce que nous sommes ne refuse jamais rien

Ce que nous sommes ne refuse jamais rien. Ce que nous sommes embrasse tout. Ici, nous n’essayons pas d’accepter : nous nous laissons retomber dans la douceur sans effort au cœur de cet instant. Ici, nous n’essayons pas de nous améliorer, nous nous laissons embrasser par l’amour qui est au cœur de l’existence, maintenant.

Nous nous laissons retomber en cet inconnu, nous-mêmes. Et dans cette chute qui, au commencement, nous semble effrayante, nous sommes soudainement rattrapés, pris dans les bras d’une compassion qui embrasse tout. Qui embrasse nos désirs, nos frustrations, nos colères, nos peurs, nos douleurs, nos souffrances, nos joies.

Ce que nous sommes est regard bienveillant qui embrasse. Ce que nous sommes est douceur. Profondément, nous le savons.

Oui, nous le savons déjà : il nous suffit de déposer les armes.

Texte : A. R. M.
Image : photographie de jeunesse de Ma Anandamayi.

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Le regard de ma mère